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Vers une gestion des compétences « réelles » une innovation RH en Savoie


Dans un contexte industriel sous tension, où les difficultés de recrutement atteignent des niveaux inédits, les entreprises font face à une réalité de plus en plus évidente : les outils traditionnels ne suffisent plus. CV, fiches de poste, référentiels métiers… autant de repères devenus partiels face à la complexité du travail réel. Derrière les chiffres – près de 80 % des profils jugés inadéquats – se cache un problème plus profond : celui d’une mauvaise lecture des compétences.


C’est précisément sur ce point que les travaux de l’enseignant-chercheur Christophe Courtin, à l’Université Savoie Mont Blanc, apportent une rupture. Inscrits dans les recherches du laboratoire LISTIC (Laboratoire d’Informatique, Systèmes, Traitement de l’Information et de la Connaissance), ces travaux s’appuient sur des expertises reconnues en apprentissage automatique, fusion de données et analyse des comportements humains. Depuis plus de vingt ans, ce laboratoire développe des modèles et des systèmes capables d’extraire des connaissances à partir de données complexes, notamment issues de situations réelles. C’est dans ce cadre scientifique que s’inscrit le projet PROXYMA Comp., qui propose de transposer ces approches au champ des ressources humaines en analysant les traces d’activité pour révéler les compétences réellement mobilisées.


Avec cette démarche, Christophe Courtin propose de renverser la logique habituelle en partant non plus du prescriptif déclaré, mais de l’activité concrète. Observer ce que font réellement les collaborateurs, analyser leurs actions, leurs ressources, leurs interactions, pour en déduire les compétences effectivement mobilisées. Une approche qui ne remplace pas les outils existants, mais les complète en apportant une lecture plus fine, plus opérationnelle, et surtout plus fidèle au terrain.


Encore fallait-il que cette innovation sorte du laboratoire pour rencontrer les conditions de son développement technologique et économique. C’est dans cette phase clé qu’intervient Linksium, société d’accélération du transfert de technologies qui rayonne sur les 5 départements de l'académie de Grenoble, avec l’appui de Christophe Poyet, chargé de projet maturation. Linksium joue un rôle déterminant pour structurer un projet fondé sur des technologies issues de la recherche publique, et créer une entreprise viable qui sera capable de résoudre de manière inédite des problèmes identifiés pour des clients solvables. En finançant la phase de maturation, en créant un démonstrateur technologique, en sécurisant la propriété intellectuelle et en structurant les premières étapes du modèle économique, la SATT grenobloise permet de franchir un cap souvent critique : celui du passage de l’idée à l’usage. Au-delà du financement, son accompagnement sur la durée qui intègre la mise en lien avec des partenaires territoriaux, des industriels et financiers contribue à inscrire PROXYMA Comp. dans une trajectoire de création de valeur, au plus près des besoins en ressources humaines des entreprises.


C’est dans cette articulation entre recherche, développement économique et terrain que le rôle de l’agence de développement économique prend tout son sens. En lien étroit avec les acteurs industriels du territoire, elle agit comme un trait d’union entre innovation et réalité opérationnelle : identification des enjeux, traduction des concepts scientifiques, mise en relation avec les entreprises. Ce travail de médiation permet de transformer une innovation académique en solution concrète, capable de répondre à des problématiques très pragmatiques : rendre visibles des savoir-faire souvent implicites, sécuriser les parcours internes, détecter des potentiels inexploités ou encore mieux cibler les actions de formation.


Pour une entreprise comme MSSA, confrontée à des enjeux forts de compétences et de fidélisation dans un environnement industriel exigeant, cette approche ouvre des perspectives nouvelles. Elle permet de dépasser une gestion centrée sur les postes pour aller vers une compréhension plus fine du capital humain, directement liée à la performance. Au-delà du recrutement, c’est toute la capacité d’adaptation de l’entreprise qui est en jeu.


En rapprochant la recherche, les acteurs de l’innovation et le tissu économique, ce type d’initiative illustre ce que peut produire un territoire lorsqu’il joue collectif. L’enjeu n’est plus seulement d’attirer des talents, mais de mieux comprendre et valoriser ceux qui sont déjà là. Et peut-être, finalement, de découvrir que les compétences les plus stratégiques ne sont pas toujours celles que l’on voit sur un CV.

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