Entretien de parcours professionnel : et si on arrêtait d’en faire une simple formalité RH ?

« De toute façon, l’entretien pro, c’est surtout de la paperasse. »
« Rien n’a vraiment changé depuis la dernière fois… »
« On verra ça au prochain entretien. »
Ces phrases vous semblent familières ? L’entretien professionnel a parfois été vécu comme un rendez-vous obligatoire à programmer, documenter… puis classer. Pourtant, derrière cette formalité se joue un sujet beaucoup plus concret : comment faire évoluer les compétences et les parcours alors que les métiers, les organisations et les attentes des salariés changent ? Et enfin comment construire un référentiel de compétences adapté.
Depuis le 26 octobre 2025, l’entretien professionnel est devenu l’entretien de parcours professionnel (EPP). Plus qu’un changement de nom, la réforme revoit son contenu, son rythme et la place accordée aux différentes étapes de la vie professionnelle.
L’occasion, pour les entreprises, de ne plus seulement se demander « sommes-nous à jour ? », mais aussi : que pouvons-nous réellement faire de cet entretien ?
De l’entretien professionnel à l’entretien de parcours professionnel
Le changement de vocabulaire traduit une évolution du rendez-vous.
L’EPP doit permettre d’aborder les compétences et qualifications mobilisées par le salarié dans son emploi, mais aussi leur évolution possible face aux transformations de l’entreprise.
La discussion porte également sur son parcours, les perspectives d’emploi, ses besoins de formation et ses souhaits d’évolution professionnelle. Reconversion interne ou externe, projet de transition professionnelle, bilan de compétences ou validation des acquis de l’expérience peuvent ainsi entrer dans la discussion. Le CPF et le recours au conseil en évolution professionnelle (CEP) font également partie des sujets à aborder. (Travail Emploi)
Une distinction reste essentielle : l’EPP n’est pas un entretien d’évaluation.
Il ne s’agit pas de mesurer les résultats du salarié ou de fixer ses prochains objectifs. Ces sujets relèvent de l’entretien annuel lorsqu’il existe. L’EPP regarde davantage le parcours et l’avenir professionnel. (Travail Emploi)
La différence peut sembler subtile, mais elle change la conversation : on ne parle plus seulement du poste occupé aujourd’hui, mais des compétences à développer, des évolutions possibles et des moyens de les préparer.
Un nouveau rythme : 4 ans, avec un état des lieux à 8 ans
La temporalité évolue elle aussi. Après un premier EPP organisé au cours de la première année suivant l’embauche, l'entretien doit en principe être réalisé tous les quatre ans. Tous les huit ans, un état des lieux récapitulatif du parcours professionnel est effectué. (Travail Emploi)
Pour les salariés qui étaient déjà engagés dans l'ancien cycle d'entretiens, le passage du rythme 2 ans/6 ans au rythme 4 ans/8 ans obéit à des règles transitoires. Le ministère donne plusieurs exemples permettant aux entreprises de recalculer leurs échéances.
Attention également aux accords collectifs existants : certaines entreprises ou branches peuvent connaître une situation différente pendant la période transitoire. Le ministère précise notamment les conditions applicables jusqu'au 1er octobre 2026. Avant de modifier son calendrier d'entretiens, mieux vaut donc vérifier l'existence éventuelle d'un accord applicable dans l'entreprise. (Travail Emploi)
Des rendez-vous particuliers à certains moments du parcours
La réforme donne également davantage de place à deux moments où la question du parcours professionnel devient particulièrement importante.
Après la visite médicale de mi-carrière, un EPP doit être organisé dans les deux mois. L'échange peut alors porter sur l'adaptation des missions ou du poste, la prévention de l'usure professionnelle, les besoins de formation ou encore les souhaits de mobilité et de reconversion. Les données de santé du salarié restent bien entendu confidentielles et ne sont pas accessibles à l'employeur. (Travail Emploi)
Un autre EPP intervient au cours des deux années précédant le 60e anniversaire du salarié. Il permet notamment d'aborder les conditions de maintien dans l'emploi et les possibilités d'aménagement de fin de carrière : adaptation du poste, passage à temps partiel, retraite progressive… (Travail Emploi)
Ces rendez-vous peuvent ainsi ouvrir des discussions que l'on repousse parfois jusqu'à ce qu'une difficulté apparaisse : transmission des compétences, évolution du poste, formation, mobilité ou prévention de l'usure professionnelle.
Préparer l’EPP autrement qu’en ressortant le formulaire précédent
Passer de deux à quatre ans entre deux entretiens ne devrait pas conduire à leur accorder moins d'importance. Au contraire : avec un intervalle plus long, la préparation prend tout son sens.
Côté employeur, quelques questions peuvent aider à sortir d'une logique purement administrative : qu'est-ce qui a changé dans le métier depuis le dernier entretien ? Quelles compétences vont devenir plus importantes ? Certaines activités vont-elles évoluer ou disparaître ? Quelles possibilités de mobilité existent réellement dans l'entreprise ?
Côté salarié, la préparation peut partir d'un autre point de vue : qu'ai-je appris depuis mon dernier entretien ? Quelles compétences ai-je développées ? Qu'aimerais-je approfondir ? Est-ce que je souhaite évoluer, me former, changer de fonction ou simplement mieux comprendre les possibilités qui s'offrent à moi ?
L'objectif n'est pas nécessairement de sortir de chaque entretien avec un projet de formation ou une mobilité programmée.
Un bon EPP peut aussi permettre d'identifier un besoin, de faire émerger une envie ou simplement d'anticiper une évolution avant qu'elle ne devienne urgente.
Et lorsque les entretiens sont exploités collectivement, ils peuvent également nourrir le plan de développement des compétences et aider l'entreprise à rapprocher ses futurs besoins en compétences des aspirations de ses salariés. (Travail Emploi)
Les ressources utiles pour préparer son EPP
Pour connaître précisément les règles, la fiche « L'entretien de parcours professionnel » du ministère du Travail constitue aujourd'hui la ressource de référence. Elle détaille les salariés concernés, le contenu de l'entretien, les différentes échéances, le bilan à huit ans et les règles transitoires liées à la réforme.Consulter la fiche du ministère du Travail sur l'EPP
Pour préparer un projet professionnel, le salarié peut solliciter gratuitement un conseiller en évolution professionnelle (CEP). Dans les entreprises de moins de 300 salariés, le ministère précise également que l'employeur peut bénéficier, pour préparer l'entretien, d'un conseil de proximité auprès de son opérateur de compétences (OPCO). (Travail Emploi)
Pour faire le point sur ses compétences, le Passeport de compétences, service public numérique officiellement lancé en juin 2026, permet de retrouver et valoriser des informations relatives aux expériences, diplômes et compétences. Il peut constituer un point de départ intéressant avant d'échanger sur un parcours professionnel.
Enfin, selon ce qui ressort de l'entretien, d'autres ressources peuvent être explorées : CPF, bilan de compétences, VAE, projet de transition ou période de reconversion. Le ministère du Travail rassemble les principaux dispositifs de formation et d'évolution professionnelle sur un même espace. (Travail Emploi) Explorer les dispositifs de formation et d'évolution professionnelle
L'EPP reste une obligation pour l'employeur. Mais le remplir ne suffit pas à le rendre utile.
La vraie différence se joue probablement dans les questions posées, la préparation en amont et surtout ce que l'entreprise et le salarié feront de la discussion ensuite.
Annexe – Les ressources pour construire ou enrichir un référentiel de compétences
Construire un référentiel de compétences ne signifie pas nécessairement partir d’une page blanche. Plusieurs ressources publiques ou spécialisées permettent d’identifier les activités d’un métier, les savoir-faire associés, les connaissances nécessaires ou encore les compétences transférables. Elles peuvent servir de points de comparaison et de sources d’inspiration pour construire un référentiel adapté à la réalité de l’entreprise.
Une précaution toutefois : un référentiel national décrit un métier de manière générale. Le travail réellement exercé dans l’entreprise doit rester le point de départ. Deux personnes portant le même intitulé de poste peuvent mobiliser des compétences différentes selon l'organisation, les outils utilisés, les clients ou le niveau d'autonomie attendu.
1. MétierScope et le ROME – France Travail
Pour quoi faire ?
Partir d'un métier et identifier ses activités et compétences.
Le ROME (Répertoire opérationnel des métiers et des emplois) est l'un des principaux points de départ pour travailler sur les compétences. France Travail le met régulièrement à jour pour tenir compte des évolutions du marché du travail.
Les fiches permettent notamment de retrouver :
les activités du métier ;
les savoir-faire ;
les savoir-être professionnels ;
les savoirs ;
les contextes de travail ;
les possibilités de mobilité professionnelle.
Les fiches peuvent être consultées via MétierScope et téléchargées en PDF.
À utiliser pour : construire une première trame de référentiel, comparer plusieurs métiers ou identifier des compétences communes et transférables.
➡️ France Travail – Le ROME et les fiches métiers
2. France compétences – RNCP
Pour quoi faire ?
Observer comment les compétences sont structurées dans les certifications professionnelles.
Le Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) est particulièrement intéressant lorsqu'on souhaite aller plus loin dans la formulation des compétences.
Une fiche de certification peut présenter les activités visées, les compétences attestées et surtout les blocs de compétences associés à une certification professionnelle.
Cela permet, par exemple, de comparer le référentiel interne d'une entreprise avec les compétences reconnues dans une certification correspondant au métier.
À utiliser pour : préciser la formulation d'une compétence, construire des blocs cohérents ou établir des passerelles entre compétences professionnelles et formation.
➡️ France compétences – Rechercher une certification professionnelle
3. ESCO – Le référentiel européen des compétences et des métiers
Pour quoi faire ?
Explorer très largement les compétences associées aux professions.
ESCO est la classification européenne des aptitudes, compétences et professions développée par la Commission européenne.
Elle fonctionne comme un grand dictionnaire permettant de mettre en relation des professions, connaissances, aptitudes et compétences.
Son intérêt est notamment de pouvoir rechercher directement une compétence et d'explorer les métiers auxquels elle est associée.
La base est disponible en français et peut également être téléchargée pour des usages plus avancés.
À utiliser pour : enrichir un référentiel, identifier des compétences transversales, comparer des métiers ou travailler sur les passerelles professionnelles.
➡️ Explorer ESCO
4. Les fiches métiers de l'Apec
Pour quoi faire ?
Travailler plus spécifiquement sur les métiers cadres.
L'Apec propose plusieurs centaines de fiches métiers organisées par grandes fonctions.
Pour chaque métier, on retrouve notamment :
les principales activités ;
les missions ;
les compétences demandées ;
les soft skills recherchées ;
les profils et formations ;
les évolutions professionnelles possibles.
Les fiches apportent également des informations sur les évolutions du métier et son environnement.
À utiliser pour : compléter un référentiel concernant des fonctions cadres, managers, experts ou fonctions support.
➡️ Apec – Fiches métiers cadres
5. Trajectoires – Apec
Pour quoi faire ?
Repérer les compétences transférables d'un métier vers un autre.
L'outil Trajectoires de l'Apec propose une approche particulièrement intéressante lorsqu'un référentiel doit aussi servir à parler d'évolution professionnelle.
Il permet de visualiser les métiers accessibles à partir d'un métier initial et de comparer les compétences : celles qui sont déjà transférables et celles qui restent à acquérir.
L'Apec indique que son outil s'appuie notamment sur son référentiel de métiers cadres et sur les compétences demandées dans les offres d'emploi.
À utiliser pour : préparer une mobilité, identifier des compétences transférables ou alimenter une discussion sur les perspectives d'évolution lors d'un EPP.
➡️ Apec – Trajectoires
6. Les observatoires des métiers et les OPCO
Pour quoi faire ?
Se rapprocher au maximum de la réalité de son secteur professionnel.
Les observatoires prospectifs des métiers et des qualifications des différentes branches professionnelles produisent de nombreux référentiels, cartographies de métiers, études prospectives et analyses de compétences.
Selon le secteur d'activité, ces ressources peuvent être particulièrement précieuses car elles intègrent les spécificités d'une branche professionnelle et les transformations qui touchent ses métiers.
Le bon réflexe consiste donc à identifier l'OPCO et la branche professionnelle dont dépend l'entreprise, puis à rechercher l'observatoire des métiers correspondant.
À utiliser pour : compléter les référentiels généralistes avec une vision métier et sectorielle plus précise.
Quelle ressource utiliser ?
Il n'est pas nécessaire de choisir un seul référentiel.
Une méthode simple consiste à croiser plusieurs niveaux :
ROME / MétierScope → partir du métier et de ses activités
Observatoire de branche → intégrer les spécificités du secteur
RNCP → approfondir les compétences et les blocs de compétences
ESCO → rechercher des compétences complémentaires ou transférables
Apec → approfondir les métiers cadres et les mobilités professionnelles
Puis vient l'étape essentielle : confronter ces informations au travail réel.
Quelles activités la personne exerce-t-elle réellement ?
Avec quel niveau d'autonomie ?
Quelles situations doit-elle savoir gérer ?
Quelles compétences sont aujourd'hui indispensables ?
Lesquelles vont devenir importantes demain ?
C'est à partir de ce croisement entre référentiels externes et réalité de l'entreprise qu'un référentiel de compétences devient véritablement utile. Dans le cadre de l'entretien de parcours professionnel, il peut alors servir de support à une discussion beaucoup plus concrète : ce que je sais faire aujourd'hui, ce que mon métier va demander demain et ce que je souhaite développer.






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