top of page

Et si chercher un emploi commençait par choisir où l’on veut travailler ?

il y a 31 minutes
6 min de lecture

Dans une recherche d’emploi, le réflexe est bien installé : ouvrir un site d’offres, saisir un métier et une localisation, parcourir les résultats, puis candidater lorsque l’annonce semble correspondre. Cette méthode reste indispensable. Mais elle a une limite : elle fait commencer la réflexion par les emplois disponibles, et non par le projet de la personne.

L’approche expérimentée auprès d’étudiants de l’Université Savoie Mont Blanc propose de prendre le problème dans l’autre sens. Elle repose sur trois verbes simples : formuler, enquêter, décider. Autrement dit : déterminer ce que l’on cherche réellement, identifier les entreprises qui pourraient y répondre, puis vérifier avant de candidater.

Une approche qui peut largement dépasser la recherche d’un stage et trouver sa place dans l’accompagnement des chercheurs d’emploi Fab’RH Savoie.


Passer de « je cherche un emploi » à « je cherche à faire quoi ? »


« Je cherche un emploi dans la comptabilité. »

« Je cherche quelque chose dans l’industrie. »

« Je prends ce que je trouve près de chez moi. »


Ces formulations permettent de démarrer une recherche, mais elles disent encore peu de choses sur ce que la personne souhaite réellement faire. Une première évolution consiste à raisonner davantage en missions.

Quelles activités aimerais-je exercer ?
Parmi mes compétences, lesquelles ai-je envie d’utiliser ou de développer ?
Quel problème pourrais-je aider une entreprise à résoudre ?

Cette façon de réfléchir change aussi la manière d'aborder un employeur. On ne lui dit plus seulement : « Je cherche un emploi, avez-vous un poste ? » On peut progressivement arriver à une proposition beaucoup plus précise : voilà ce que je sais faire, voilà le type de mission sur lequel je pourrais contribuer.


Derrière un intitulé de poste se trouvent des missions et des compétences que l’on peut repérer, notamment en étudiant les offres déjà publiées. Une offre devient alors plus qu'une possibilité de candidature. Elle devient aussi une source d'information sur le travail réel.


Avant de chercher des entreprises, savoir ce qui compte pour soi


Le deuxième changement est plus personnel.

« Je veux une bonne ambiance. »

« Je voudrais pouvoir évoluer. »

« Je cherche une entreprise qui forme. »

« Je veux davantage d'autonomie. »


Ces attentes comptent dans une vie professionnelle. Pourtant, elles sont rarement utilisées comme de véritables critères de recherche. La méthode consiste justement à les faire émerger avant de commencer l'enquête. Le métier et les missions, bien sûr, mais aussi le secteur d'activité, le territoire, le type d'entreprise, les contraintes de déplacement ou d'horaires et ce qui compte personnellement dans le rapport au travail : autonomie, expertise, responsabilités, sécurité, équilibre de vie, possibilités d'évolution…


Il ne s'agit pas de dresser le portrait d'une entreprise idéale qui n'existerait peut-être pas. Il s'agit plutôt de distinguer ce qui est souhaitable, ce qui est prioritaire et ce qui est réellement éliminatoire. C'est le principe de la matrice utilisée pendant l'atelier.

Cette réflexion peut être particulièrement utile pour une personne qui cherche un emploi depuis plusieurs mois. À force de répondre aux annonces disponibles, la question « qu'est-ce que je cherche vraiment ? » peut progressivement passer au second plan.


Devenir enquêteur de sa propre recherche d’emploi


Une fois les critères posés, commence la partie la plus originale de la démarche : l'enquête.

Prenons un exemple. Une personne cherche une entreprise offrant de réelles possibilités d'évolution.


Le site carrière de l'employeur affirme que les collaborateurs peuvent évoluer ?

C'est une information intéressante, mais insuffisante. Il est possible d'aller plus loin. Sur LinkedIn, par exemple, quelques parcours de salariés peuvent donner des indices. Certains sont-ils présents depuis plusieurs années ?


Ont-ils occupé successivement différentes fonctions dans la même entreprise ?
Les offres publiées font-elles apparaître des parcours ou des possibilités de formation ?

Aucun de ces éléments ne constitue seul une preuve définitive. Mais plusieurs indices concordants permettent de construire une hypothèse beaucoup plus solide. C'est exactement la logique proposée pendant la formation : ne jamais conclure à partir d'une seule source. Même raisonnement pour une entreprise qui se présente comme innovante. Plutôt que de prendre cette affirmation au pied de la lettre, on peut rechercher des éléments observables : nouveaux produits ou services, présence sur des salons professionnels, projets récents, investissements, actualités…

La recherche d'emploi devient ainsi une démarche active : on ne cherche plus seulement des annonces, on cherche de l'information.


LinkedIn est un outil. Le réseau est beaucoup plus grand.


Cette enquête peut également faire redécouvrir une ressource parfois sous-estimée : son propre réseau. Le réseau professionnel ne se limite pas à son nombre de contacts LinkedIn.

Famille, anciens collègues, voisins, camarades de formation, connaissances rencontrées dans une association ou une activité sportive… La bonne question n'est pas nécessairement « qui peut me trouver un travail ? », mais beaucoup plus simplement : qui est-ce que je connais et où ces personnes travaillent-elles ? Cette cartographie permet de faire apparaître des entreprises auxquelles on n'aurait pas spontanément pensé. Et lorsqu'on souhaite comprendre un métier ou une organisation, contacter directement le DRH n'est pas toujours la meilleure porte d'entrée. Un salarié exerçant une fonction proche de celle recherchée peut parfois apporter une vision beaucoup plus concrète du quotidien professionnel. C'est l'une des pistes proposées pendant la formation.

Le réseau devient alors moins une affaire de « piston » qu'un outil d'exploration et de compréhension du marché du travail.


Le territoire n’est plus seulement une case « localisation »


Cette approche prend aussi tout son sens dans un territoire comme la Savoie.

Combien de temps suis-je réellement prêt à consacrer au trajet ?

  • Ai-je une voiture ?

  • Une entreprise située à 15 kilomètres est-elle accessible en transports collectifs ?

  • Jusqu'où puis-je aller à vélo ?

  • Ai-je besoin de rester proche de mon lieu de vie ?

  • À l'inverse, suis-je prêt à déménager pour accéder à certaines opportunités ?


Ces questions peuvent sembler très pratiques. Elles sont pourtant déterminantes.


L'enquête menée auprès de 140 étudiants de l'Université Savoie Mont Blanc en donne une illustration sur ce public : la localisation fait partie des critères les plus cités dans le choix d'une entreprise et un trajet quotidien jugé impossible figure parmi les principaux critères éliminatoires. Pour un chercheur d'emploi, raisonner en territoire de vie plutôt qu'en simple nombre de kilomètres peut donc permettre de définir un périmètre beaucoup plus réaliste.

Une fois ce périmètre identifié, la question devient : quelles entreprises existent réellement autour de moi ? Et certaines ne publieront peut-être aucune offre au moment de la recherche.


Candidater moins au hasard, préparer davantage la rencontre


La méthode ne promet évidemment pas qu'une enquête approfondie permettra de connaître une entreprise de l'extérieur. C'est même l'un de ses principes : certaines informations resteront impossibles à confirmer avant la rencontre. Mais ce qui reste inconnu devient alors matière à question.


  • Comment se déroule l'intégration ?

  • Qui accompagnera la prise de poste ?

  • Comment l'équipe est-elle organisée ?

  • Quelles possibilités existent pour développer ses compétences ?

  • Pourquoi ce poste est-il ouvert ?


L'entretien n'est plus seulement le moment où l'employeur évalue le candidat. Il devient également la dernière étape de son enquête. Et les recherches réalisées auparavant permettent de poser des questions qui témoignent d'une véritable projection dans le poste, plutôt que d'affirmer simplement : « Je suis très motivé ». Cette idée de transformer la motivation déclarée en éléments concrets et en questions de projection occupait d'ailleurs une place importante dans l'intervention auprès des étudiants.


Une autre posture pour les chercheurs d’emploi Fab’RH


Transposer cette approche aux publics Fab’RH Savoie ne consisterait donc pas simplement à leur fournir une nouvelle liste de sites où chercher des offres. L'intérêt pédagogique est ailleurs : redonner du pouvoir de décision dans une période où l'on peut facilement avoir le sentiment de subir sa recherche d'emploi. La démarche pourrait tenir en quelques étapes :


  1. Clarifier ce que l'on veut faire et dans quelles conditions

  2. Déterminer ses critères prioritaires et ses limites,

  3. Cartographier son réseau et son territoire,

  4. Identifier plusieurs entreprises,


puis enquêter en croisant annuaires, offres, sites d'entreprises, réseaux professionnels, presse locale et contacts humains. À la fin, il ne s'agit pas d'obtenir une note censée déterminer « l'entreprise parfaite ». Il s'agit de pouvoir dire : voilà pourquoi cette entreprise m'intéresse, voilà ce que je sais réellement d'elle, voilà ce que je dois encore vérifier et voilà pourquoi je décide — ou non — de la contacter.


Rappelez-vous une entreprise qui nous correspond n'est pas une impression, c'est une hypothèse à vérifier. Pour un chercheur d'emploi, cette petite différence peut profondément changer la démarche : ne plus seulement chercher une place disponible, mais apprendre à identifier les endroits où son projet, ses compétences et ses contraintes ont de bonnes raisons de se rencontrer



Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page