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Handicap et emploi : quand l’inclusion se construit sur le terrain

il y a 39 minutes
6 min de lecture

Pair-aidance, adaptation des postes, reconnaissance des compétences et coopération entre professionnels : une rencontre du Réseau Insertion Professionnelle 73 a permis de croiser plusieurs expériences concrètes. Avec un constat partagé : l’inclusion professionnelle ne se décrète pas, elle se construit.


Dans une médiathèque savoyarde, certains ouvrages sont parfois difficiles à retrouver, même après plusieurs jours de recherche. Pourtant, un salarié au parcours atypique parvient régulièrement à les localiser. Son sens de l'observation, sa connaissance des rayonnages et sa rigueur constituent de véritables atouts pour l'équipe.


Cette situation, rapportée lors d'une rencontre du Réseau Insertion Professionnelle 73, illustre une réalité encore trop souvent méconnue : accueillir une personne en situation de handicap ne consiste pas uniquement à compenser ses difficultés. C'est aussi découvrir des compétences, parfois inattendues, qui peuvent enrichir une organisation.


Construit et animé depuis une dizaine d'années, ce réseau rassemble en Savoie des professionnels de l'emploi, de l'insertion, du handicap, du médico-social et de la santé mentale. Il favorise les échanges de pratiques, l'interconnaissance entre les acteurs et la recherche de réponses adaptées aux parcours professionnels.


Cette matinée a notamment permis de croiser les regards de professionnels de la pair-aidance, d'un employeur, de l'emploi accompagné et des relations entreprises.


La pair-aidance : quand l'expérience vécue devient une expertise


Premier témoignage marquant, celui d'une pair-aidante intervenant au sein du Dispositif Emploi Accompagné 73 (DEA 73).


Le principe de la pair-aidance repose sur une idée simple : une personne ayant elle-même traversé certaines difficultés peut mobiliser son expérience pour accompagner d'autres personnes confrontées à des situations comparables. Mais cette pratique ne se limite pas au partage d'un vécu. La professionnelle a présenté plusieurs outils utilisés dans ses accompagnements, notamment autour de la gestion du stress, de la fatigue, des douleurs et des particularités sensorielles.


Parmi eux, un outil graduel construit à partir de la théorie des cuillères, qui permet de représenter de manière concrète l'énergie disponible au cours d'une journée. Chaque activité mobilise une partie de cette réserve, ce qui aide à comprendre les arbitrages nécessaires pour prévenir l'épuisement.


L'intérêt est double : permettre à la personne de mieux comprendre son propre fonctionnement, mais également rendre ses besoins plus compréhensibles pour son entourage professionnel, notamment ses collègues et son employeur.



Son témoignage a également souligné l'importance d'articuler expérience personnelle, connaissances théoriques, outils pratiques et supervision professionnelle.

La pair-aidance apporte ainsi un regard complémentaire à celui des professionnels de santé, de l'emploi et de l'accompagnement social. Elle peut aider les personnes à mieux identifier leurs besoins, à les exprimer et à envisager des solutions adaptées.


À la médiathèque, une intégration qui révèle des compétences


Le deuxième témoignage concernait l'intégration progressive d'un jeune homme présentant un trouble du spectre de l'autisme (TSA) au sein d'une médiathèque.

D'abord accueilli dans le cadre d'un stage, il a progressivement trouvé sa place dans l'équipe, avec l'appui de sa responsable et d'une professionnelle de l'Emploi Accompagné.

L'expérience a nécessité des ajustements, mais elle a surtout permis de mettre en évidence des compétences particulièrement utiles à l'activité de la structure.


*Outre sa capacité à retrouver des documents, le salarié s'est distingué par son implication, son attention aux détails, sa capacité à demander de l'aide et son intérêt pour certaines missions de classement et de gestion des ouvrages. L'employeur a progressivement adapté l'organisation et la répartition des tâches pour mieux tenir compte de ses aptitudes et de ses besoins. Cette démarche rejoint le principe du job carving, qui consiste à recomposer certaines missions d'un poste pour faire correspondre davantage le travail aux compétences d'une personne, tout en répondant aux besoins de l'organisation.


L'adaptation peut également concerner la formation. Dans cette situation, la possibilité de suivre une formation à distance constituait une réponse pertinente aux difficultés liées aux déplacements et à la découverte d'environnements inconnus.


L'enseignement est important : un aménagement de poste n'est pas nécessairement une concession faite au salarié. Il peut aussi améliorer le fonctionnement collectif et valoriser des compétences sous-utilisées.


Ce qui fait réellement réussir une intégration


Les différents témoignages ont permis de faire émerger plusieurs conditions favorables à une inclusion professionnelle durable.


La première est l'engagement de l'employeur. Une direction ou un responsable qui cherche des solutions, accepte d'ajuster son organisation et prend le temps de comprendre les besoins crée un environnement favorable.


La deuxième concerne les équipes. L'arrivée d'un salarié présentant des particularités peut conduire à revisiter certaines habitudes, à clarifier les consignes et à faire évoluer les modes de communication.


La troisième repose sur l'accompagnement dans la durée. Dans le témoignage de la médiathèque, la présence d'une professionnelle de l'Emploi Accompagné a permis de sécuriser le parcours, sans intervenir systématiquement dans le quotidien du salarié.


Enfin, la communication constitue un enjeu essentiel, particulièrement lorsque le handicap est invisible. Un comportement mal compris peut être interprété comme un manque d'intérêt, de motivation ou de bonne volonté, alors qu'il traduit parfois une difficulté spécifique. Pour autant, communiquer sur les besoins d'aménagement ne signifie pas devoir dévoiler un diagnostic médical. La personne concernée doit pouvoir décider des informations qu'elle souhaite partager, dans le respect de sa vie privée.


Un dernier point mérite attention : les aménagements mis en place au moment de l'intégration ne restent pas toujours efficaces spontanément. Les équipes évoluent, les organisations changent et certaines pratiques peuvent progressivement disparaître.

Le maintien dans l'emploi suppose donc aussi un dialogue régulier et une vigilance collective.


Les relations entreprises : un maillon essentiel entre accompagnement et recrutement


Une autre dimension importante de cette rencontre concernait le rôle des professionnels chargés des relations entreprises.


L'intervention de Cap emploi 73-74, a permis d'éclairer une fonction parfois moins visible dans les parcours d'insertion : celle de faire le lien entre les personnes accompagnées et les employeurs susceptibles de les accueillir. Leur mission ne consiste pas simplement à rechercher des postes disponibles. Elle suppose également de comprendre les besoins des entreprises, d'identifier les activités et compétences mobilisables, de sensibiliser les employeurs aux situations de handicap et de faciliter la rencontre entre les attentes de chacun.


Ce travail de rapprochement est essentiel, notamment lorsque les représentations du handicap constituent un frein au recrutement.


L'enjeu est de dépasser la seule question de l'accès à l'emploi pour envisager une démarche plus globale, associant insertion, sensibilisation et maintien dans l'emploi.

Une démarche qui gagne à intervenir en amont du recrutement, pour identifier les adaptations possibles et sécuriser les conditions d'une future intégration.


Et si l'on regardait aussi ce que l'emploi change pour la personne ?


Cette rencontre soulève une autre question : comment apprécier les effets réels d'une insertion professionnelle ?


L'accès à l'emploi constitue évidemment un résultat important. Mais il ne résume pas à lui seul l'évolution d'un parcours. Après plusieurs mois, une personne peut avoir développé davantage d'autonomie, de confiance, de compétences ou de capacité à exprimer ses besoins. Pourquoi ne pas chercher à observer ces évolutions à travers une photographie de la situation avant et après l'intégration ? Quelques dimensions pourraient être suivies avec la personne : son autonomie professionnelle, son aisance relationnelle, sa capacité à gérer les imprévus, son sentiment de sécurité ou encore sa participation à la vie de l'équipe.

Il ne s'agirait pas de mesurer une supposée disparition du handicap, ni d'attribuer automatiquement les progrès constatés au seul emploi, mais de mieux comprendre ce qui évolue et ce qui contribue à sécuriser le parcours.


Cette approche pourrait enrichir les pratiques d'accompagnement et aider les employeurs comme les professionnels à identifier les adaptations les plus pertinentes.


Faire réseau pour mieux accompagner les entreprises


Au-delà des témoignages, cette matinée rappelle combien la coopération entre acteurs est indispensable. Pour une entreprise confrontée à une question de recrutement, de reconnaissance du handicap ou de maintien dans l'emploi, l'écosystème peut parfois paraître complexe.


  • Qui solliciter pour comprendre les besoins d'un salarié ?

  • Qui peut accompagner une démarche de RQTH ?

  • Comment identifier les possibilités d'aménagement ?

  • Vers quel interlocuteur s'orienter lorsque des difficultés apparaissent ?


Des acteurs spécialisés et des dispositifs existent déjà sur le territoire, mais leur articulation et leur lisibilité restent des enjeux importants.


C'est précisément l'intérêt d'un collectif comme le Réseau Insertion Professionnelle 73, qui permet depuis une dizaine d'années aux professionnels de mieux se connaître, de confronter leurs approches et de partager des solutions issues de leurs expériences de terrain.


Pour Fab’RH Savoie, ces échanges rejoignent une conviction : innover en matière d'emploi ne signifie pas nécessairement créer de nouveaux dispositifs, mais aussi mieux mobiliser les ressources existantes et transformer les expériences individuelles en enseignements collectifs. L'inclusion professionnelle ne repose finalement ni sur la seule bonne volonté de l'employeur, ni sur les seuls efforts de la personne accompagnée. Elle se construit dans la rencontre entre des compétences, une organisation du travail capable d'évoluer et des professionnels qui savent coopérer.



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Gautheron Régis (Fab'RH Savoie)
Gautheron Régis (Fab'RH Savoie)
il y a 11 minutes
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